Actu et compte-rendus

Les expositions de céramiques contemporaines ne courent pas les rues… Dommage. Sans remplacer les rubriques des revues spécialisées énumérant les manifestations en cours ou à venir, voici quelques retours et annonces qui peuvent vous mettre la puce à l’oreille…

Terralha 2016

14 – 17 juillet 2016

Flâner de cour en jardin, découvrir chaque année de nouveaux espaces, apprécier l’adéquation du lieu aux oeuvres exposées, échanger avec l’artiste qui vous accueille, tels sont les grands plaisirs du festival Terralha de Saint-Quentin-la-Poterie.

Grand émoi de cette édition 2016, les dernières oeuvres de Sangwoo Kim méritaient à elles seules le détour. Aux côtés de ses « Saisons », formes chaleureuses et sensuelles, les « Physiognomies of time » sont un retour à la simplicité extrême de la forme, galets tendus, posés à même le parquet d’une jolie salle voûtée. La surface des pièces, rendue brillante et infiniment douce par un patient polissage, s’anime de variations grises et blanches sur le noir laqué, évocation réussie des miroitements de l’eau sous l’effet de la lumière.

A l’opposé peut-être de cet univers de sérénité et d’harmonie, quelques artistes mettent en scène le jeu des références historiques et les questionnements de nos sociétés. Ainsi le belge Wim Van Broeck présentait deux séries distinctes. A l’extérieur, sous un soleil accentuant les jeux d’ombre, « Alice in Wonderland Collection » : des services à thé récupérés s’élevaient dans les airs en d’audacieuses constructions, à la recherche d’un point d’équilibre entre des objets traditionnels et un design contemporain. A l’intérieur, dans une ambiance plus intime, les pièces de la « Technology Transfer Artifacts » faisaient le lien entre les souvenirs du céramiste et l’évolution technologique de ces 40 dernières années.

L’organique et le vivant, entre fascination et inquiétude, restent des sources d’inspiration pour les céramistes comme en témoignaient les travaux sur l’infiniment petit de Dominique Stutz ou les sculptures hybrides entre géologie et végétal d’Eliane Monnin.

Eliane Monin

Belle découverte de cette année, axée sur le mélange des techniques et des matériaux, Adeline Contreras aime à dire qu’elle travaille sur les « habitats premiers ». Ses oeuvres associent un ou plusieurs éléments céramiques – grès travaillé aux émaux de cendres et aux oxydes – avec un jeu complexe de tissage, tricot, crochet de fibres végétales (crin, raphia, filasse…). En émergent des évocations de huttes ancestrales, de nids d’oiseaux gigantesques et bien d’autres « abris singuliers ».

L’allemande Julia Saffer présentait d’énigmatiques sculptures qui ne sont pas sans rappeler le tricot de coton, à l’aspect satiné et aux couleurs pastel. Une démarche qu’elle a développée dans le cadre son récent travail de fin d’études à la Fachschule Keramik de Höhr-Grenzhausen. Symbole de l’infini, le fil de terre torsadé et enroulé sur lui-même créé des volumes tournoyants en bosse ou en creux. Il devient parfois cocon, chrysalide, tel un écho – pour la toute jeune artiste – à sa propre transformation en cours.

Il faut citer encore la présence de Rebecca Maeder, avec d’imposants palets de porcelaine « grignotés », et la magnifique présentation des nouvelles pièces de Gisèle Buthod-Garçon qui invitait cette année Hélène Soete. Les bouteilles filiformes et souples de cette dernière, habillées d’émaux variés, répondaient aux disques de Gisèle Buthod-Garçon, supports de reliefs rayonnants, sur une immense table qui traversait le Temple.

Gisèle Buthod-Garçon

Céramique utilitaire – comme les délicates porcelaines décorées d’or de Stéphanie Bertholon – et sculpture figurative – les créatures japonisantes de Nicolas Rousseau entre autres – ou oeuvres inclassables comme les sculptures expressionnistes de Patrick Crulis complétaient ce riche parcours qui comptait plus de vingt et un artistes et une exposition du céramiste Richard Dewar associé au photographe Ernest Mosimann.

Stéphanie Bertholon

Seul bémol à cette édition 2016 : les tristes évènements du 14 juillet à Nice qui ont entaché l’entrain général et entraîné l’annulation de la soirée festive préparée par l’association Game of Pots, évènement qui ponctuait joyeusement le festival depuis deux ans.

Maud Grillet

(Article paru dans la « Revue de la céramique et du verre » n°210)

Edition 2006 de Terralha - exposition Serge Castillo

Carouge 2007

Terralha 2013, Saint-Quentin-la-Poterie

Le Festival Européen des Arts Céramiques du village de Saint-Quentin-la-Poterie (Gard), Terralha, allie plaisir de la déambulation dans les rues du village et rencontres fructueuses avec les œuvres et les artistes sélectionnés. Chacun ayant pour charge d’aménager son espace, cour ombragée ou jardin, et d’y recevoir le public durant les trois journées du festival.  

Terralha semble avoir pris le parti de la jeunesse, du devenir et de la diversité. La variété des styles et des pratiques, comme des techniques, prévaut. Céramique utilitaire, sculpture, installation, porcelaine, céramique sigillée, raku nu, confrontation de matériaux divers… Les œuvres présentées évitent le piège du consensus mais offrent une richesse de formes artistiques. Petite promenade non exhaustive parmi les 24 exposants de cette édition…

Parmi les belles surprises de 2013, la présence de pièces fortement inspirées de formes architecturales. Les constructions de l’espagnol Emili Biarnès sont empreintes d’une poésie née du contraste entre la rugosité de sa céramique sombre, qui joue de la parenté avec le béton, et la délicatesse des nuances des lustres métalliques comme des éléments rouillés rapportés (photo). En écho, les boîtes-maisons d’Estelle Chatté, conçues dans une belle argile rouge, forment des villes imaginaires, hérissées de tours de Babel, un urbanisme fantastique qui se compose et se recompose au gré de nos envies ; un bel équilibre entre miniature et monumentalité (photo). Au Temple, d’autres architectures attendaient le visiteur. Les œuvres de Camille Virot, invité de Gisèle Buthod-Garçon, dessinent des espaces sacrés, presque clos sur eux-mêmes, habillés d’émaux mats aux effets de matière sobres, intemporels. La même sacralité transcende le travail rare de Gisèle Buthod-Garçon qui exposait entre autres ses figures inspirées des statues-menhirs, habitées de la puissance paisible de ces vestiges archéologiques. 

La sacralité, l’interrogation autour du corps humain, la science et les croyances… Tant de questions qui habitent les créations décalées d’Elsa Alayse, inspirées de la pratique des reliques, tout comme l’univers de l’espagnole May Criado.

Sur un autre registre, l’installation des pièces de Gaëlle Guingant-Convert, avec ses immenses « Jeux de citation » qui jaillissaient des herbes hautes ou ses « spores » blotties au pied du figuier odorant, évoquait la fascination de la nature, de sa prolifération, de l’énigmatique répétition du motif. De son côté, Ingrid Van Munster semait ses fruits ou planètes aux formes indéfinissables, aux émaux mats de couleurs étonnantes qui exercent une attraction proche de celle que génèrent les billes chez les jeunes enfants (photo). L’installation de Claire Lindner a transformé le temps d’un week-end une voûte de pierre en voûte céleste, peuplée de nuages aux délicates teintes pastels, veloutées, figures figées et pourtant évocatrice de mouvement. Dans le jardin Lanet, les impressionnants crânes d’animaux (poulet, bufflon, chat…) de Dominique Bajard, en raku nu poli, mêlaient microcosme et macrocosme, l’intérieur de ces crânes démesurés offrant au regard un paysage complexe, enrichi d’effets de matières.

La fantaisie est venue du travail de « recyclage » de l’américaine Rose Coogan, montages complexes de pièces chinées, assemblées pour leur évocation d‘un thème (comme « The wave », inspirée d’Hokusai) ou pour le plaisir de la composition. Une liberté heureuse et joyeuse qui nous confronte à la question du bon goût et à la valeur sentimentale des céramiques bon marché !

Héloïse Bariol et Anne Verdier investissaient de leur côté le Jardin du Facteur, où le travail de l’une sur la matière et sa structuration rencontrait le désir de l’autre de réfléchir sur la genèse des pièces et les tensions qui les habitent, créant ainsi une installation en harmonie avec le lieu, son mélange de béton, de terre, de pierre…  

Enfin, la céramique utilitaire n’était pas exclue du parcours, représentée par les objets intelligents de Francine Triboulet (photo), aux formes efficaces et au décor géométrique léger, ou encore les pièces cuites au four à bois d’Audrey Barbès et Justin Dutel, poétique de la simplicité.

Le parcours s’accompagnait cette année du Concours de la Jeune Céramique Européenne ouvert aux artistes ayant moins de 10 années de pratique. Le Quentin d’or fut décerné à Marianne Castelly (photo 4) dont les trois pièces au travail pictural et fort ont conquis à l’unanimité les membres du jury. Coup de théâtre en revanche pour les Quentins d’argent et de bronze que le jury a décidé de ne pas attribuer. On trouvait pourtant, parmi les candidats, Caroline Barbet par exemple, exposante du parcours en 2012 qui faisait l’affiche de l’édition de cette année, ou encore Florence Pauliac, lauréate 2012 du concours des Jeunes créateurs des Ateliers d’art de France. Le Président du jury, Eric Berthon, explique volontiers que « la nouveauté créative » et « le potentiel d’avenir » sont des critères essentiels de l’évaluation du travail des participants à ce concours, ainsi que le stipule son règlement. Cette décision du jury amènera sans doute une réflexion sur l’avenir de ce concours qui participe d’une dynamique globale autour de la céramique à Saint-Quentin-la-Poterie.

(Article paru dans « La Revue de la céramique et du verre », 2013)

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